Le partage des tâches, enjeu féministe primordial : « Et toi, concrètement, comment tu fais ? » Ben je fais comme ça. Comme un mec, oui »

En matière de féminismes, il y a les combats publics, « La Cause », « Les Luttes », toutes ces prises de position relativement visibles et « théorisables », dirons-nous, mais il y a aussi (et je suis tentée de dire « surtout ») les combats féministes du quotidien, qui sont tout aussi importants, tout aussi rudes à mener. Le partage des tâches est l’un de ces combats, et pas des moindres à mon sens.

Parce que quand on a fini de poser certaines évidences, notamment l’inégalité persistante de la répartition des tâches ménagères au sein du couple hétéro-patriarcal et la nécessité de ne plus remercier quand on est « aidée », qu’est-ce qu’on fait,  concrètement ? On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a.

Situons le contexte : à première vue, je suis une espèce de « cliché de normalité ». Femme, mariée depuis longtemps, mère de deux enfants aujourd’hui adolescents (un garçon de 16 ans et demi et une fille de 15 ans), 2 chiens, 2 chats, salariée au smic entre 18 et 35 ans, et aléatoirement de 800 € à 2000 € entre 36 et 39 ans, puis zéro salaire fixe mais rentrant de petites sommes par ci par là, fauchée mais niveau de vie correct (toit sur la tête, factures à peu près payées et frigo plein), sans extras de type restaus ou vacances mais avec tout ce qu’il faut pour assurer le nécessaire, avant d’avoir à nouveau des revenus plus réguliers depuis un an.

Ces précisions sont données afin d’éclairer mon contexte financier, matrimonial et socio-culturel, ainsi que mes cycles de présence ou plus moins « intensives » au domicile (qui déterminent souvent, dans une famille, la prise en charge plus ou moins exclusive des tâches domestiques par les femmes, et surtout les éventuels moyens de déléguer ou non).

Quand j’ai emménagé avec mon compagnon, en 1997, j’avais une très forte envie de nid. Parfaitement conditionnée à devenir le pilier, l’âme et le cœur de mon futur foyer (j’étais LaFâme), j’ai pris ma tâche à cœur et j’ai entrepris de construire un petit palais de sérénité, fait de plats qui mijotent, de bougies parfumées, de couettes bien tendues sur un lit dans lequel j’allais concevoir mes enfants, sans un poil qui dépasse et les ongles bien vernis.

Presque 20 ans plus tard, je sais toujours très bien me vernir les ongles, je maîtrise toutes les techniques d’épilation possibles, imaginables et pas trop chères, mes petits plats mijotent toujours, les bougies sentent bon, et mon petit palais de sérénité fonctionne de façon totalement paritaire, bien que je sois perçue par mon entourage comme une féminisse hystérique, poilue, avec un cœur de pierre et sans pitié pour mon mari-le-pauvre-et-mes-enfants-tellement-courageux.

MAIS COMMENT FAIT-ELLE, CETTE VILAINE, te dis-tu, écoeurée ? C’est simple : je me suis cassé les dents sur tout ce merdier, j’ai pleuré, je me suis sentie nulle, minable, méchante, j’ai cru faire fausse route, j’ai essuyé de violents reproches (et ça continue aujourd’hui, les gens ne sont pas prêts à accepter qu’une femme s’affranchisse totalement des carcans patriarcaux), j’ai changé d’avis, je me suis contredite, j’ai fait n’importe quoi n’importe comment, et pourtant ça y est, on y est, et pour rien au monde je ne reviendrais en arrière.

Mon mari n’a pas été « un frein », ni « une aide », ni « un soutien », mais mon partenaire souvent, mon adversaire parfois, mon ennemi à certains moments, et mon partenaire encore. Mon mari est un individu doté d’un cerveau, d’un caractère et d’un pénis, et il a mis autant de temps à prendre conscience de ses privilèges patriarcaux que j’en ai mis (moi, femme dotée d’un cerveau, d’un caractère et d’un vagin) à prendre conscience de mon conditionnement en tant que femme dans un système patriarcal.

En fait, ce qui m’a facilité la tâche, c’est que j’ai toujours pensé que je méritais ce qu’il y a de mieux pour moi, et je te prie de croire que je ne me prends pas pour de la merde, ce qui est assez culotté de ma part car je ne vaux pas mieux que n’importe qui d’autre. Mais je vaux autant qu’un homme et puisque notre société n’a pas encore amorcé le renoncement volontaire des hommes à leurs propres privilèges, je considère que j’ai droit aux mêmes privilèges qu’eux.

J’estime donc, comme un homme, que certaines choses doivent aller d’elles-mêmes, et ce sans mesquinerie aucune : je sais bien que la plupart des hommes n’estiment pas consciemment que certaines choses leur sont dues, mais ils ont tout simplement, pour beaucoup d’entre eux, été éduqués dans un schéma les amenant à considérer, en totale bonne foi, que les choses sont « ainsi ».

Alors moi, je fais pareil, et je me comporte comme si ma bite me conférait le droit à n’avoir qu’une seule journée de travail par tranche de 24 heures. Et toute ma famille s’en porte très bien, car l’égalité n’est pas un péril pour l’équilibre familial, contrairement à ce que les réacs de toutes obédiences tentent de nous faire croire.

Autre critère à prendre en compte : il se trouve que j’ai une grande affection pour moi-même et pour l’homme que je suis, affection qui me pousse à penser que tout autant que mes enfants et mon mari, je mérite à tour de rôle le blanc du poulet, le cœur de la salade, des draps qui sentent le frais mais que je n’ai pas eu à laver moi-même, un bain avec beaucoup de mousse, le coussin le plus moelleux du canapé, les repas partagés assise avec ma famille et non debout devant l’évier, des grasses matinées, de la vaisselle propre et non lavée par moi, du linge que je trouve plié et rangé dans mon armoire sans avoir plié et rangé le linge de trois autres personnes en plus du mien, des packs de lait en réserve sans que ce soit forcément moi qui pense à en racheter, de beaux enfants avec des cheveux bien coupés sans que je ne sois obligée de prendre moi-même rendez-vous pour eux chez le coiffeur, du café chaud le matin que je n’ai pas eu besoin de faire, des professeurs rassurés de pouvoir joindre les parents de mes gosses sans que je ne sois systématiquement obligée d’écourter ma journée de travail pour me rendre aux entretiens, et du temps pour mes loisirs.

Et pourtant, la femme que je suis adore faire le ménage. Non, ce n’est pas une blague. J’adore nettoyer et ranger (comparée à moi, Bree Van de Kamp est une ignoble souillon). Voir ma maison propre et en ordre me fait jouir du cerveau, comme quoi j’ai bien intériorisé la valorisation sociale par la serpillère. J’adore également cuisiner (celles et ceux qui se sont farcis mes live-tweets de recettes de cuisine de beauf à longueur de flux sauront de quoi je parle).

MAIS je refuse d’être la bonniche de qui que ce soit, parce que J’ai PAS QUE CA À FOUTRE.

ET je me mets pourtant en quatre pour ma famille, parce que je ferais n’importe quoi pour eux.

Tu situes un peu le merdier.

Au final, je t’épargnerai les détails du comment ça été la galère, et des années de torture mentale et de contorsions domestiques, pour me concentrer sur le fait que je suis parvenue à vivre exactement comme j’estime devoir vivre tout en préservant l’harmonie familiale, bien que préserver l’harmonie n’ait pas été mon souci premier. Donc, concrètement :

– J’ai cessé de dire merci mais j’ai continué à montrer que le respect mutuel donne envie de faire plaisir. Et que ça fonctionne dans tous les sens.

– J’ai considéré que mes enfants étaient à même d’utiliser leur coordination psychomotrice pour plier leur linge, et à partir de 11 ans, les deux ont appris à faire tourner des machines (le mode d’emploi est inscrit au feutre effaçable sur le chauffe-eau situé à côté du lave-linge). J’ai investi dans des corbeilles. PLEIN DE CORBEILLES : des corbeilles à linge sale (une pour le linge commun, une pour les trucs à bouillir, etc) et des corbeilles à linge propre (une pour moi, une pour mon mari, une pour mon fils et une pour ma fille). À la sortie du sèche-linge, on trie. Puis chacun-e emporte, plie et range. Celui ou celle qui ne veut pas plier et ranger se contentera de piocher son linge propre dans la corbeille et le portera froissé, j’en ai rien à foutre. Tout est dans le « rien à foutre », qui demande des années de travail. FAKE IT TILL YOU MAKE IT.

– Si d’aucun-e-s considèrent que le linge sale qui traîne au pied du lit trouvera bien son chemin tout seul jusqu’à la corbeille puis jusqu’au lave-linge, ce n’est pas mon problème : ce qui est lavé est ce qui a été trouvé dans les corbeilles à linge sale. Le reste ne me concerne pas. Le jour où mes gosses ont du piocher dans leur fringues crados pour trouver à s’habiller le matin, j’ai expliqué que j’avais prévenu, et qu’il n’y avait qu’une seule solution pour porter du linge propre : l’amener soi-même dans la corbeille à linge sale. Résultat très efficace. Cela demande évidemment un coeur de pierre et une résistance mentale totale, sans compter les remarques épouvantées de l’entourage. Ils peuvent aussi choisir de porter leur linge sale. J’en ai rien à foutre. (Indice : ils résistent un temps et finissent par préférer le linge propre… Pour tout un tas de raisons liées à l’odeur, l’aspect et les moqueries en société).

– Je ne repasse pas, et mon époux rarement. Pourtant, il n’y a pas de linge qui traîne. Preuve que repasser n’est vraiment pas nécessaire.

– Pour le ménage : j’estime qu’il y a des territoires communs et des espaces privés. Les chambres de mes gosses sont des espaces privés, dans lesquels mon amour de l’ordre et de la propreté n’ont pas voix au chapitre. J’exige d’eux le respect de mon travail, je considère donc de mon devoir de respecter leur univers et leur espace. Leur bordel n’a pas à me perturber. Ma seule exigence est un nettoyage une fois par semaine afin de préserver l’hygiène globale du domicile. J’ai montré comment faire (utiliser l’aspirateur, le chiffon à poussière etc) et ils se débrouillent. Avec mon aide lorsqu’ils étaient plus petits, seuls maintenant. Il est arrivé que les enfants renâclent, à base de « oui mais la mère de Quentin elle le fait, ELLE ! ». J’ai donc fait les sommations d’usage puis posé le marché suivant : « Ou vous faites ce petit minimum que je vous demande, et je continue à respecter votre bordel et votre autonomie dans l’organisation de vos chambres, ou vous me faites chier pour ce malheureux coup d’aspi hebdomadaire et je vous traite comme des bébés dont je serai la domestique : je m’occupe de vos chambres et je fais ingérence dans tout. » Résultat cool. Ils gèrent leur merdier à leur guise et évitent le bouillon de culture.

– Dans les territoires communs, je refuse de trébucher sur les merdouilles qui traînent et j’ai autre chose à faire que de nettoyer derrière tout le monde. Le deal est donc clair : celui (et là je parle des gosses quand ils étaient petits mais déjà en âge de comprendre ce genre de choses) qui laissait ses saloperies et son bordel était passible de trucs horribles, le pire étant que je me mette en grève. Alors la grève, ça fonctionne comment ? C’est assez simple : je préviens une fois, deux dois, et à la troisième je pose le préavis de grève, portant sur les choses auxquelles ils tiennent le plus, à adapter selon les âges et le manquement (Je ne t’emmène pas chez ton pote, ta copine ne viendra pas, je débranche la PS3, je ne ferai plus jamais de crêpes, tu peux te brosser pour que je te file un coup de main pour telle ou telle chose). Mon époux fonctionne également ainsi : il peut se mettre en grève.

– Si je trébuche dans des sacs qui traînent, des affaires laissées là (chaussures ou autres), s’ils encombrent l’environnement avec des restes de bouffe, ou divers trucs dégueus, je fais un rappel, puis un deuxième, et au cas où ça ne suffit pas, je prends le tout et je le mets dehors. Quelle que soit la météo. C’est d’une efficacité redoutable. Qui suppose évidemment de survivre mentalement à l’idée de laisser ses enfants récupérer eux-mêmes sous la flotte des godasses détrempées. Ça a l’air horrible, je sais. Autre technique : j’ai également pu, au moment où, à l’adolescence, ils ont trouvé normal de laisser traîner de la vaisselle dégueulasse dans la cuisine et ont affecté d’ignorer mes demandes de rinçage et de mise au lave-vaisselle, déposer cette vaisselle sale sur leur lit. Là où elle allait ENFIN les déranger. Ça fonctionne étonnamment bien. Et oui, il peut en effet y avoir de la moutarde sur la couette. Ce qui oblige ensuite, pour dormir confortablement, à changer les draps, à les mettre à la machine, à les laver et à les faire sécher. Ce dont je ne me charge pas, bien entendu. (Parce que, souvenons-nous, j’en ai rien à foutre).

– Je me considère comme l’égale de n’importe quel homme : à ce titre, j’estime tout à fait normal, comme un homme, de pouvoir rentrer du travail et trouver un domicile rangé et propre. Alors tout le monde participe de façon équitable. Je cuisine la bouffe salée parce que mon mari (qui cuisine aussi) est un dieu en pâtisserie mais la cuisine salée, ce n’est pas du tout son point fort, et parce que j’aime cuisiner. Mais j’ai connu des périodes où je manquais vraiment trop de temps… Nous avons donc mangé des trucs pas très bons et vite faits. Nous sommes toujours vivants.

– Je travaille actuellement à domicile : il a été tentant, les premiers mois, de considérer que « puisque j’étais là », j’étais un peu taillable et corvéable à volonté. Là encore, coeur de pierre et jeu de rôles : « BON, alors on dirait que je travaille dans un bureau loiiiiiiiin d’ici, et que je termine à 18h30. Ferme la porte, merci. » Des rituels ont été posés : quand les enfants rentrent du lycée, ils viennent me dire bonjour (ou je descends les voir), on papote de leur journée 5 mn, on débriefe sur d’éventuels soucis, puis un bisou et je retourne travailler jusqu’à 18h30, heure à laquelle JE QUITTE MON TRAVAIL pour les retrouver et bavarder pour de vrai. Ils savent bien sûr qu’en cas de problème je suis là. Uniquement en cas de problème.

– J’ai dégenré les tâches confiées aux enfants : si je n’y avais pas pris garde, j’aurais spontanément confié les tâches « d’homme » à mon fils et les tâches « de femme » à ma fille. L’encourager, elle, à vider le lave-vaisselle et le pousser, lui, à empiler le bois. La motiver pour des trucs qui se passent dans la cuisine et l’occuper lui avec des trucs qui se déroulent au garage ou dehors ex. Il a fallu lutter contre mes propres conditionnements… Et ça n’a pas été simple. Mon époux a également du lutter contre ces conditionnements.

– J’ai présenté de sincères excuses pour les diatribes, explications et revendications féministes qui ont pourri bien des repas… Et j’ai prévenu que j’allais continuer. Même si c’est dur, même si je passe pour une emmerdeuse. Continuer TANT QU’IL LE FAUDRA. Parce que notre société et les individus qui la composent en recueilleront les fruits.

– J’ai appris à me désinvestir de cette charge émotionnelle et affective qui constitue pour les femmes privées d’égalité dans l’espace public le seul moyen d’acquérir un peu de pouvoir résiduel dans l’espace privé… J’ai appris à déculpabiliser quand on m’affirmait « Oh, ça va hein, ne me dis pas que les femmes sont traitées de façon inégalitaire, à la maison ce sont elles qui commandent, on vit dans un matriarcat ». MAIS TA GUEULE. Le privé est politique, mec.

– J’ai du apprendre à ne pas faire à la place des autres, à voir des choses faites différemment, à lâcher du lest et à trouver normal de ne pas me surmener. J’ai du apprendre à dire non, et à encaisser les remarques écœurées et outrées des autres femmes qui me disaient « Eh ben dis-donc, si tout le monde faisait comme toi… » (Sous-entendu  : « si tout le monde faisait comme toi, tout partirait en sucette »). Et j’ai appris à répondre : « En fait je pense que tu aimerais bien faire comme moi. Parce que toi, après avoir bossé toute la journée et torché le cul de tes gosses toute seule, à 23 heures, tu repasses pendant que ta famille glande sur le canapé. Si tu penses que c’est ça l’ordre des choses, ça mérite peut-être d’y réfléchir un peu, non ? »

– J’ai du apprendre à penser comme un homme alors que tout au fond de moi, je trouve triste que le fonctionnement « masculin » soit le fonctionnement social « par défaut ». Cela m’a poussée à conchier encore plus le patriarcat.

– J’ai aussi appris à prendre exemple sur les hommes qui trouvent ça normal et évident de s’accorder un peu de temps pour eux pendant que leur compagne s’occupe des enfants et de la maison : il n’y a rien de mal à ça, sauf quand c’est toujours la même personne qui le fait.

– Quand les enfants étaient petits et avaient encore besoin d’être gardés en cas d’absence, j’ai appris à solliciter mon époux AVANT de demander à une copine de « me » garder les enfants, les chercher, les emmener : parce que solliciter une personne extérieure (et une femme la plupart du temps) pérennise la décharge automatique de l’homme, sans jamais avancer vers la parité et l’égalité.

Je ne détiens pas la solution universelle, et je ne peux donner de conseils à personne. Ceci est simplement mon fonctionnement.

On pourra m’objecter des tas de choses et en premier lieu le fait que pour mettre en place de telles pratiques, il faut être prête à passer de sales moments. Renverser la vapeur domestique au sein d’un foyer hétéro patriarcal, ça ne demande pas seulement de l’endurance mais un grand égoïsme combiné à beaucoup d’amour, parce qu’il en faut, de l’amour, pour bien expliquer que tout cela n’est pas destiné à emmerder le monde mais à épanouir tout le foyer.

Et malgré tout ça, les conflits éclatent. L’incompréhension creuse des fossés. Le découragement pointe. Parce que le féminisme quotidien, jusque dans le nettoyage des chiottes, c’est bien à l’entourage proche qu’il se confronte d’abord, et c’est là que la peur, l’anxiété, la crainte de mettre un merdier sans nom, sont les plus fortes. Tenir bon n’est pas facile, la famille est notre premier crash test, et celui qui fait le plus mal, à nous les premières, la plupart du temps et en dépit des chouineries de ces messieurs.

Mais au final, je confirme : c’est mieux pour tout le monde et c’est surtout mieux pour moi, ce qui en vérité devrait être une justification suffisante. Et mes enfants sont finalement ravis de ce fonctionnement. Prendre les choses en main, être acteurs de l’égalité au sein du foyer, ils trouvent ça bon et le revendiquent. Et dans les moments où ça les emmerde, eh bien ils font avec. (Parce que… ? Parce que… ? Oui, voilà, c’est ça : parce que j’en ai rien à foutre. Je vois que tout le monde suit, ça fait plaisir.)

On me dit souvent que je suis « dure » avec mes « pauvres gosses ». Et avec « mon pauvre mari ». Pourtant, je ne mène personne à la baguette. Moi, je ce que trouve « dur », c’est qu’à la base, on’ aurait considéré comme normal que j’enchaîne deux journées de travail en 24 heures. En revanche, j’estime sincèrement qu’il n’y a rien de « dur » dans le fait de considérer la cellule familiale comme un lieu de respect mutuel et de coopération concrète.

On me dit aussi « Tu as de la chance, ton mec est cool, il t’aide, et puis il est tolérant. Tu as rencontré la bonne personne… ». Je ne suis pas d’accord. D’une part, je pense que je ne suis pas un produit dérivé issu de mon couple, et d’autre part je trouve que nous avons tous les deux de la chance, point barre.

Je ne prétends pas que tout ça c’est facile à obtenir. Je dis simplement que depuis que je ne travaille plus qu’une seule journée en 24 heures, c’est le pied.

Après, à chacune de voir où il-elle met ses limites, ses doutes, ce qu’elle peut encaisser, au moment où elle peut, ce à quoi elle est prête à renoncer en termes de liberté ou de bribes de pouvoir domestique (lorsqu’on est privée de ressources et de liberté d’expression et d’action, exercer le pouvoir résiduel au sein du foyer peut être la seule gratification qu’on a).

Ce n’est pas facile. Courage à nous toutes pour attaquer ce chantier de taille.