Pourquoi ce site

Plus nous tentons de nous exprimer et de faire valoir nos droits dans le cadre de nos luttes féministes, plus on essaie de nous museler. Et plus on essaie de nous museler, plus nous prenons conscience du fait que la première bataille à livrer aura lieu dans nos propres rangs : à la maison, au travail, en groupe militant…

Nous avons beau tenter de nous attaquer aux symptômes visibles du patriarcat, ce sont les racines du mal que nous aurons d’abord à déterrer et à détruire, et ces racines ne sont pas à l’extérieur, loin, dans une représentation mentale théorique et désincarnée de la société : elles sont là, sous nos pieds, et c’est bien en interne qu’elles nous font trébucher et nous scient les jambes, sur le pas de nos portes, avant même d’avoir pu faire un pas pour sortir nous battre. Ou alors tout de suite après ce premier pas, pour nous décourager d’en tenter un deuxième.

De cette réflexion, et d’un des récents affrontements avec des connards hargneux « proféministes » que j’ai du gérer parce que je dénonçais des saloperies pro-pédophiles, ont émané une question ironiquement formulée, en clin d’œil au titre merdique du bouquin merdique de l’auteur pro-pédophile merdique que je dénonçais (le bonhomme est une figure chez les libertaires, et son éditeur a choisi de soutenir spontanément et publiquement ses propos pro-pédophiles). Cette question est la suivante : comment peut-on être féministe ? Vaste merdier, vaste chantier.

Mais la colère et le refus de continuer à plier commencent à gronder. Et j’ai comme l’impression qu’une sacrée révolution se prépare, en réponse au refus des hommes de prendre en compte le fait qu’on a plein le cul de leur lécher les godasses (et là je pense surtout aux hommes en milieu militant, à ces « anti » auto-proclamés – antiracistes, antisexistes, antifascistes – qui pensent que coller une étiquette sur un bocal suffit à en déterminer le contenu, sans qu’il soit nécessaire de se casser le cul pour mettre quelque chose de cool dedans).

Il faut donc que nous trouvions la force, et les moyens d’être féministes. Et ce n’est pas facile.

Alors concrètement, comment peut-on être féministe ? Sur ce site, j’essaierai de tordre cette question dans tous les sens, et je tenterai d’y répondre de toutes les façons possibles. Il y a de quoi faire.

J’évoquerai aussi, de façon transversale, la difficulté à se déconditionner du réflexe d’auto-sabotage (réflexe que l’on nous a inculqué dès la petite enfance) qui nous pousse souvent, nous les femmes, à ne pas reconnaître nos propres compétences, à nous dénigrer, à douter de nous-mêmes, et du formatage social qui, en milieu professionnel notamment, pousse les hommes à nous confisquer la parole, à occuper l’espace et le temps, et à nous cantonner dans des rôles de faire-valoir.

J’interrogerai également la difficulté à surmonter l’écueil principal à l’expression de nos revendications : le fait que les hommes soient plus écoutés, disposent plus aisément de l’attention de leurs interlocuteurs et interlocutrices, et surtout le fait que devant une situation où ils n’y connaissent pas grand-chose, les hommes ont toujours plus de facilité à être reconnus comme compétents, légitimes, voire experts quand nous, femmes, avons souvent du mal à faire reconnaître nos compétences avérées, notamment parce que nous ne sommes pas en mesure de les faire valoir, ou que nous n’osons pas nous imposer comme le font les hommes, à notre détriment la plupart du temps  (car nous avons intériorisé, conformément à ce qu’on nous apprend depuis depuis l’enfance, que l’assurance, la confiance en soi et les traits de caractères offensifs sont négativement connotés chez les femmes). À titre personnel, j’ai beaucoup buté sur ces points-là. Aujourd’hui, ça va, je me trouve merveilleuse. Non, je déconne. Encore que. Je suis assez contente de ce que je fais, il faut bien le dire.

J’aborderai par ailleurs, toujours dans le cadre défini sur ce site, l’importance de la libération de la parole : j’ai plusieurs fois été étonnée de constater à quel point le fait de lire un texte (et cela m’est souvent arrivé en lisant les textes de femmes féministes, avant que cela n’arrive à quelques femmes en lisant les miens) peut « ouvrir les vannes » et nous débloquer pour parler… Nos expériences et nos vécus ne font pas que nous rapprocher, ils nous rendent également plus fortes.

Je traiterai enfin, et c’est loin d’être anodin, la question de la solidarité entre femmes, qui bien souvent peut nous permettre de nous armer contre la machine broyeuse de la solidarité masculine (j’en parle un peu dans le texte Le prix à payer) qui tente de nous museler et qui peut parfois, lorsque nous nous exprimons pour dénoncer des abus sexistes, nous priver de ressources, nous couper de nos amis, nous mettre en quarantaine et nous montrer les ravages du patriarcat à l’œuvre, invalidant ainsi une grande part de nos combats. La solidarité féminine peut prendre de multiples formes pour contrer cela, elle peut être une arme de guerre pour répondre à la guerre. Et elle a également ses limites.

Précision pour finir : j’ai « démaquillé » mes revendications féministes au fil des années, les débarrassant peu à peu de toute diplomatie et de toute précaution, comme l’indique l’extrait du texte de Christiane Rochefort sur la colonne latérale du site.